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vendredi 14 juin 2013

La succession de Bouteflika et la Kabylie | Tamurt.info - Votre lien avec la Kabylie

La succession de Bouteflika et la Kabylie

Muhand-wamar Ait Ali pour Tamurt.info
La lutte des clans (notamment pour la succession) risque donc d’engendrer un désastre dont l’Algérie serait la victime. Désastre qui se caractériserait par une déliquescence des institutions. L’oligarchie au pouvoir, par coup de force de l’été 1962, dont la situation actuelle en est la conséquence directe de ce coup de force, a réussi par son machiavélisme, son hégémonisme et la manipulation de l’islam politique (au lieu et place d’une société laïque, garante de la modernité et de la stabilité) à mettre en place toutes les conditions nécessaire à l’avènement d’une théocratie, base de l’extrémisme.
14/06/2013 - 18:35 mis a jour le 13/06/2013 - 22:28 par Muhand-wamar Ait Ali
Depuis l’hospitalisation de Bouteflika à Paris dans un établissement militaire français (une honte pour l’Algérie), de hauts gradés de l’armée algérienne occupent la une de certains journaux.
L’une d’entres elles attire plus l’attention : celle de Mohamed-Chafik Mesbah. Pour ce politologue, la solution serait Liamine Zeroual. Il affirme à la une de liberté du 04 juin 2013 que « Bouteflika ne reprendra pas ses fonctions ». Il affirme aussi que « Si l’appel du devoir vient sonner à sa porte (porte de Zeroual), il rempilera ». Aux yeux de ce haut gradé du DRS, la solution reste un « aggiornamento » dans un cadre démocratique et pacifique. Il reconnait que le champ politique est fermé et qu’il est impossible d’organiser un scrutin transparent et « l’entourage du président actuel, notamment son frère Saïd va vouloir contrarier ce processus et avec des baltaguias (économiques), mener une politique de terre brulée et provoquer l’effusion de sang …etc. ». Sur le front sécuritaire, il affirme que Mr Bouteflika « a hérité d’une situation dont les ressorts ont été dessinés bien avant lui et que des patriotes ont payé le prix ».
Pour Monsieur Mesbah, (cf. Soir d’Algérie du 02 juin 2011) « l’Algérie connaît une situation des plus cauchemardesques, une situation dramatique. Un champ politique frappé de léthargie, des institutions représentatives délégitimées et des instances exécutives sans impact. Des partis sans ancrage social et des leaders sans charisme. Enfin, un mouvement syndical et associatif si peu représentatif. Une situation économique des plus fragiles aussi. Les immenses ressources financières tirées des hydrocarbures sont dilapidées dans une gestion anarchique aucunement adossée à la logique économique »
Au plan de la corruption qui gangrène l’économie de l’Algérie et la saigne à blanc, le DRS, son ancienne structure aurait fait son travail : « Le DRS avait prévenu Bouteflika », stratégie de l’école primaire : ce n’est pas moi, monsieur c’est lui !
En homme averti :
1)-Il met en garde ses compagnons : « Ils sont parfaitement avisés de l’impact impétueux de la mondialisation sans rien ignorer du principe de compétence universelle pour les crimes contre l’humanité. Ils savent que, désormais, une épée de Damoclès pèse sur la tête des chefs militaires tentés de réprimer par la violence les aspirations démocratiques exprimées par la population »
2)-Il averti quant à l’Autonomie de la Kabylie : « au FFS de sortir du « ghetto » Kabyle…, il est à craindre que, comme parti d’opposition, le FFS ne soit mort. La disqualification du FFS, néanmoins, laisse, dangereusement, le champ libre aux partisans de l’autonomie en Kabylie »
Tout le monde le sait et ce n’est un secret pour personne, cela a toujours été les militaires qui ont fait les présidents, depuis Ben Bella en 1962 à Bouteflika en 1999, et pourtant ils connaissaient l’ancien ministre des affaires étrangères de Boumediene, surtout son aventure avec la cour des comptes en 1981. Il me semble que tout ceci n’est que de l’apparence car la réalité est tout autre.
Avec l’aide de son clan, Bouteflika s’est accaparé des pouvoirs immenses, il avait réussi, par un mécanisme institutionnel et constitutionnel « légal » à fermer et bloquer la situation. Les clans qui se disputent le pouvoir et les militaires qui avaient de tout temps préfabriqué les présidents, du fait d’une conjugaison d’efforts entre ces différents clans risquent de conduire l’Algérie vers une catastrophe lourde de conséquences.
La succession de Bouteflika est rendue donc complexe. 14 ans après sa prise de pouvoir en 1999, plutôt son retour, car depuis bien avant 1962, il y était, son départ s’annonce donc problématique pour les différents clans du système. Après 45 jours d’absence, pour cause de maladie, certains acteurs politiques estiment qu’il faut déclarer « l’état d’empêchement ». Le Conseil constitutionnel à qui échoit cette tâche, est-il en mesure de prendre cette responsabilité ? Pas évident. Quand on connait comment se font les désignations à ces postes et la confection sur mesure des lois avec lesquelles ces institutions fonctionnent. Comme une fatalité, les regards seraient donc tournés vers les centres occultes du régime. Le prochain président sortirait de l’urne obscure des salons feutrés du sérail. Une option qui condamnerait l’Algérie à d’autres crises politiques futures.
Jusque-là imperméable à toute idée du changement démocratique, le pouvoir serait-il contraint d’écouter les voix qui s’élèvent dans la société ? Les dépositaires du pouvoir, rompus aux pratiques de l’ombre, ne laissent transparaître aucune indication sur leurs intentions réelles. En somme, l’Algérie s’apprête à vivre une autre succession à haut risque.
On peut affirmer, que la CRISE actuelle est la conséquence du coup de force de l’été 1962. Après avoir payé un lourd tribut durant la guerre de libération (1954-1962), la Kabylie est basculée dans un abîme dont les faits ne constituent qu’un changement de colonisateur. Le grenouillage politique en cours, a donc pour objet : le maintien du statu-quo actuel et montrer, comme cela a toujours été leurs habitudes « le danger kabyle ».
L’instrumentalisation de l’islam politique et de la Kabylie en tant que joker politique ont engendré, effectivement, un équilibre du système pour une période qui ne peut pas s’étaler dans le temps. Ce système, d’essence arabo-islamique, a aussi réussi, pour un temps à créer un régionalisme négatif au lieu et place d’admettre l’existence et la diversité des peuples qui composent l’Algérie. Et pourtant, durant la période coloniale (française), particulièrement en période de lutte, (1954-1962), une solidarité agissante, notamment entre le peuple kabyle et les autres peuples d’Algérie, avait donné naissance à une dynamique qui avait permis la fin de la colonisation française.
Bien qu’ayant payé le plus lourd tribut durant la lutte armée (1954-1962), la Kabylie s’est retrouvée en situation conflictuelle quasi-permanente avec le système du pouvoir central d’Alger, depuis 1962 à ce jour. Cet état se caractérise par une série de faits historiques qui avaient souvent engendré des drames :
- Un conflit armé avait opposé la Kabylie à la force répressive du système (1963-1965) ; Il s’est soldé par plus de 400 martyrs, des milliers de blessés, d’handicapés à vie et d’incarcérés pour une longue période dans des centres de détention laissés par la colonisation française. A ce jour, ces martyrs demeurent sans statut ; Ces derniers, comme ceux du printemps noir (2001-2004) dont le bilan s’élève à 128 martyrs et des centaines de blessés dont les auteurs, pourtant identifiés n’ont jamais été poursuivis, ne seront reconnus que dans le cadre de l’Etat kabyle, déjà en construction.
A ces deux épisodes dramatiques et sanglants à la fois, s’ajoutent d’autres périodes de luttes : Les événements d’avril 1980, appelés communément printemps berbère ; la grève du cartable (1994-1995) ; la marche historique du 14 juin 2001 sur Alger, où plus de deux millions de marcheurs kabyles avaient fait le déplacement. Pour être au rendez-vous du 14 juin 2001, près de trois cents (300) citoyens avaient effectué une marche de plus de 300km, Amizour-Alger (démarrage de la procession le 11/06/2001). Cette marche à laquelle avait appelé le mouvement des Arches avait pour objet de remettre ou de déposer à la Présidence de la République le document portant les revendications du mouvement, dit « plateforme d’Elqser ». Bien que reconnues légitimes aussi bien par Mr Bouteflika que par son 1erministre de l’époque, A. Ouyahia, les revendications contenues dans cette plateforme demeurent insatisfaites. Durant ces combats là, la Kabylie, hélas, a toujours été, non seulement marginalisée, mais encore restée toute seule à faire face à l’âpreté des conflits imposés par le système d’Alger. Au lendemain de l’indépendance en 1962, par décision unilatérale, prise par les nouveaux maîtres d’Alger, du statut de « français musulman », on nous impose celui d’Arabe ; la Kabylie n’a donc plus d’existence « légale ». Son peuple ne cesse de subir des dénis, identitaires et linguistiques entre autres, au point où il est difficile de s’exprimer en langue Kabyle, surtout au sein des institutions officielles.
Il est donc temps, pour nous kabyles, de comprendre que la politique et les combats que nous avions mené ne profitent qu’à d’autres pour qui la solution est soit le statu quo actuel, donc la dictature militaire ou bien la république théocratique. Nos revendications, qu’on peut résumer en deux (02) points, démocratie et Amazighité, se trouvent dépassées et constituent de grandes illusions dans lesquelles on s’est enfermés depuis plus d’un demi-siècle. Ces revendications, pourtant légitimes au demeurant, sont de tout temps rejetées, mais faits plus grave, ils constituent une impasse historique pour la Kabylie qui, pendant ce temps, se morfond.
La situation dans laquelle se trouve la kabyle, du fait de la politique du régime d’Alger à son égard, se résume en un seul mot : DRAMATIQUE, oui, hélas dramatique à plus d’un titre qui se traduit sur le terrain par une bureaucratie chronique et étouffante, une insécurité totale, kidnappings, chômage, arabisation et islamisation galopants…etc.
C’est donc dans le feux de l’action des événements sanglants de 2001, qu’un groupe de militants déterminés et conscients de l’impasse historique dans laquelle la Kabylie s’est engouffrée, notamment depuis 1962, a pris ses responsabilités en appelant le peuple Kabyle pour un statut de large autonomie, dans un premier temps et à celui de l’auto-détermination du peuple Kabyle dans un second temps ; d’où la mise en place du GPK(Gouvernement Provisoire Kabyle) en exil, en vue de l’internationalisation de la cause kabyle, donc sortir du tête à tête avec le système d’Alger et aussi édifier un Etat Kabyle. Seul garant pour une Kabylie paisible, prospère et moderne dans un cadre démocratique, avec une justice sociale et une société laïque.
La lutte des clans (notamment pour la succession) risque donc d’engendrer un désastre dont l’Algérie serait la victime. Désastre qui se caractériserait par une déliquescence des institutions. L’oligarchie au pouvoir, par coup de force de l’été 1962, dont la situation actuelle en est la conséquence directe de ce coup de force, a réussi par son machiavélisme, son hégémonisme et la manipulation de l’islam politique (au lieu et place d’une société laïque, garante de la modernité et de la stabilité) à mettre en place toutes les conditions nécessaire à l’avènement d’une théocratie, base de l’extrémisme.
Effectivement, la période de transition évoquée ça et là pourrait être un acte de salubrité, à la condition sine qua none de tenir compte de la diversité de l’Algérie, donc des intérêts suprêmes du peuple Kabyle, dans le cadre d’une réelle démocratie avec une justice sociale et la séparation des pouvoirs, tels que proclamés dans le document du 1er novembre 1954 et des résolutions du congrès de la Soummam.
Une deuxième République d’Algérie, dans un cadre fédéral verra le jour. Une coexistence pacifique serait assurée et chaque région pourrait alors opter pour un statut qui lui conviendrait, en vue de construire une Algérie moderne et prospère pouvant assurer l’avenir de ses enfants. Le salut de l’Algérie passerait encore une fois par la Kabylie.
Muhand-wamar Ait Ali (Hachim, dit Dda Muh),
Conseiller du Président du MAK,
13 juin2013.

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