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mardi 15 avril 2014

Le premier responsable du MAK à Béjaia : « Le peuple kabyle veut retrouver sa souveraineté confisquée dès 1857 ! »

Le premier responsable du MAK à Béjaia :
Au sujet de l’insécurité qui se traduit par la présence terroriste et les kidnappings, Farid Djennadi accusera ouvertement les services de sécurité d’en être les instigateurs. « Cette insécurité, argue l’orateur, ne sert en réalité que de prétexte au pouvoir pour renforcer la présence militaire dans notre pays ». Delà, l’orateur n’hésite pas à qualifier d’ « occupation militaire » la présence des éléments de l’ANP en terre kabyle. La diatribe du secrétaire général du MAK à l’endroit d’Alger sera encore longue et d’une extrême dureté.
15/04/2014 - 20:30 mis a jour le 15/04/2014 - 20:30 parSaïd Tissegouine
Alors que le son des tambours et trompettes des « coureurs » pour le fauteuil d’El-Mouradia semble cesser, la grande famille militante et patriotique du Mouvement pour l’Autodétermination de laKabylie (MAK), quant à elle, continue à éperonner les flancs de son cheval de bataille. Les motivations et les objectifs des deux camps ne sont pas les mêmes. Pour les premiers, il s’agit de faire pérenniser le système qui leur assure un gâteau avec une bonne cerise au milieu. Pour le MAK, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une question de vie ou de mort pour toute une nation. La nation kabyle. C’est pourquoi, Bouaziz Aït-Chebib continue son périple à un rythme effréné à travers villes, villages et hameaux de Kabylie.
Pour la journée d’hier encore, le président du MAK a animé deux meetings. Le premier à Barbacha et le second à Bgayetville, plus exactement devant la maison de la culture Taous Amrouche. Devant la population barbachie, Bouaziz Aït-Chebib a abordé la question kabyle sous tous ses angles. L’orateur a commencé par rappeler les raisons de la création du MAK, son parcours et ses aspirations ainsi que l’histoire tragique de la Kabylie depuis 1857, année de sa capitulation face à la France, jusqu’à nos jours avant de conclure sur ce chapitre précis : « Le peuple kabyle veut retrouver sa souveraineté confisquée dès 1857 ».
Le premier responsable du MAK ne s’est pas contenté de conjuguer seulement ses verbes au passé et au présent de l’indicatif mais aussi au futur de l’indicatif. « Dans la Kabylie de demain, dira effectivement Bouaziz Aït-Chebib, il y aura en premier lieu le droit à la vie et l’existence pour la citoyenne et le citoyen kabyles, le mode de vie selon les concepts culturel et identitaire kabyles, l’école kabyle qui permettra et encouragera l’esprit libre et créatif, la laïcité, l’indépendance de la justice et naturellement l’Etat de droit où tous les citoyens auront les mêmes devoirs et obligations et les mêmes droits ainsi que l’égalité des sexes ».
Comme un enseignant d’université devant ses étudiants, Bouaziz Aït-Chebib expliquera à l’assistance la porté de chaque concept énuméré. Le volet économique sera également abordé. L’orateur démontrera également que contrairement à ce que prétendent les tenants de l’idéologie arabo-islamiste, lesquels ne sont autres en vérité que « les nervis de la France néocoloniale et jacobine, à travers leurs campagnes de propagandes, la prospérité économique de la Kabylie libre sera indéniable.
Dans ce contexte, le président du MAK citera dès lors toutes les richesses naturelles que rengorgent le sous-sol de la Kabylie et celles contenues dans son relief extérieur, c’est-à-dire sa morphologie et son relief naturels. C’est ainsi que le zinc, l’uranium, le pétrole, l’or, le bois, l’eau, les cotes maritimes, les collines seront cités comme éléments de richesse, et ce sans compter la ressource humaine, sans aucun doute la plus grande richesse de l’Homme. « Ce sont toutes ces raisons qui font que le pouvoir d’Alger, « supplétif de Paris », veut maintenir coûte que coûte la Kabylie dans son giron », a souligné le numéro du MAK avant de préciser : « C’est l’Algérie qui a besoin de la Kabylie et non l’inverse ».
La France coloniale et néocoloniale et ses « nervis d’Alger » ont eu leur part de critiques de la part de l’orateur. Après avoir aussi relevé « la comédie jouée par les candidats à la présidentielle, notamment le duo Bouteflika-Benflis », Bouaziz Aït-Chebib a lancé un appel aux Kabyles pour considérer la journée du 17 avril comme « non événement » mais se mobiliser durant la journée du 20 avril pour exiger « la tenue d’un référendum sur l’autodétermination de la Kabylie et rappeler que « le peuple kabyle n’est pas arabe ! ».
Aussitôt clos ce meeting, Bouaziz Aït-Chebib prend la direction de Bgayet-ville, plus exactement la splendide esplanade à partir de laquelle on a accès à la maison de la culture Taos Amrouche. Nous jugeons utile de mentionner qu’à présent, l’édifice est d’une laideur insoutenable. Le frontispice, qui était sans doute agréable à la vue avant l’arrivée d’Abdelmalek Sellal dans cette ville, constitue à présent le témoignage de l’agressivité par le feu des hommes qu’il a subie. L’écriteau porté en tamazight sur la partie gauche de la façade a disparu à moitié. Tout à fait au rez-de-chaussée, côté droit, la carcasse d’un véhicule incendié renseigne aussi que de affrontements ont eu lieu à cet endroit. Les vitres faisant partie de l’ensemble du frontispice sont également cassées et non encore changées.
C’est devant ce décor apocalyptique digne des experts des effets spéciaux d’Hollywood que s’est tenu le meeting mémorable animé par le duo Bouaziz Aït-Chebib-Farid Djennadi, lequel a été préparé et convoqué par le conseil universitaire MAK de l’université Abderrahmane Mira de Bgayet que préside Mlle Kahina Mebarki. Notons aussi que ce meeting de Bgayet est à inscrire en lettres d’or sur les livres d’histoire.
En effet, en sus de l’importance de l’assistance, le verbe a été aussi d’une haute conjugaison. C’est Farid Djennadi qui prendra la parole le premier pour mettre au pilori le pouvoir, et ce non seulement en rappelant la légitimité du peuple kabyle à exiger son autodétermination mais aussi à sa capacité à atteindre son objectif quels que soient les obstacles dressés sur son passage par les tenants du régime arabo-islamiste lesquels « ne sont que les exécutants des ordres qu’ils reçoivent du Quai d’Orsay ».
Le secrétaire général du MAK a affirmé – et ce n’est pas la première fois – que c’est sur injonction d’un simple ministre français à travers une simple déclaration à travers les médias que les dirigeants algériens ont décidé de ne pas réprimer les manifestations et rassemblements hostiles au pouvoir. Par la même occasion, Farid Djennadi a averti que si le pouvoir d’Alger venait à commettre l’erreur de réprimer à l’avenir le peuple kabyle et ses représentants, « nous lancerions un appel à nos frères policiers, qui sont kabyles comme nous, de se joindre à nous pour faire face à la répression ».
L’intervenant réitère également « la dépendance d’Alger de Paris ». « Si les Français ont quitté militairement l’Algérie, il n’en demeure pas moins que sa politique y est toujours de rigueur ». Et comme à son habitude, le secrétaire général du MAK parlera de la destruction des espaces agricoles de la Kabylie, de l’agression linguistique et culturelle dirigées contre le peuple kabyle et l’insécurité qui les étouffe.
Au sujet de l’insécurité qui se traduit par la présence terroriste et les kidnappings, Farid Djennadi accusera ouvertement les services de sécurité d’en être les instigateurs. « Cette insécurité, argue l’orateur, ne sert en réalité que de prétexte au pouvoir pour renforcer la présence militaire dans notre pays ». Delà, l’orateur n’hésite pas à qualifier d’ « occupation militaire » la présence des éléments de l’ANP en terre kabyle. La diatribe du secrétaire général du MAK à l’endroit d’Alger sera encore longue et d’une extrême dureté.
Pour sa part, Bouaziz Aït-Chebib poursuivra le réquisitoire contre les dirigeants algériens et François Hollande, antikabyle et représentant de la France néocoloniale, et, au même temps, tournera en dérision Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis. Les quatre autres candidats à la présidentielle, le président du MAK les réduira au simple statut de figurants et pour leurs petits rôles, « ils seront gratifiés de quelques sous ». En ce qui concerne le candidat à sa propre succession (Abdelaziz Bouteflika), l’orateur dira d’abord de lui que c’est François Hollande qui l’a imposé comme candidat pour briguer le 4emandat. « Seulement cette fois, ci, ironise le n°1 un du MAK, c’est la photo de Bouteflika qui est candidate et il est demandé aux Algériens de voter pour cette photo ». A ce moment, l’assistance éclate de rire même si quelques secondes auparavant, elle avait les cheveux hérissés.
Avant de se saisir du dossier Ali Benflis, Bouaziz Aït-Chebib cite tous « les actes répréhensibles commis par Abdelaziz Bouteflika à l’endroit du peuple kabyle dont la tragédie de 200I. En ce qui concerne donc le cas Ali Benflis, le président du MAK dira à son propos que non seulement, il est loin d’être l’opposant qu’il prétend être, mais c’est encore lui qui a créé « les aârchs taïwan » lorsqu’il était encore chef de gouvernement. « Aujourd’hui donc, nous considérons Ali Benflis comme le candidat taïwan », souligne l’orateur. Cette observation suscitera également un grand rire chez l’assistance.
Plus loin, Bouaziz Aït-Chebib parlera de l’impossible cohabitation entre les Kabyles et les autres Algériens puisque les premiers véhiculent une idéologie reposant sur le socle de l’authenticité, le respect des valeurs universelles et la modernité alors que les second ne reconnaissent que l’existence sur le sol d’Algérie qu’ « un peuple arabo-islamiste » et militant pour « un Maghreb arabe et islamique » et enfin pour « l’intégration du monde arabe et islamique ». Bouaziz Aït-Chebib étale sa thèse que voici : « Quand les députés du FFS ont fait la proposition à l’APN de réhabiliter les Anciens de 1963, la réponse a été traduite par un niet catégorique. Or, les terroristes qui ont commis des assassinats sont non seulement blanchis de leurs crimes mais sont aussi récompensés par des dividendes matériels en sus du droit à l’immunité. Si par malheur, un citoyen leur reproche d’avoir tué un des siens, il sera condamné à la prison ».
Concernant la relation obscure entre la France et l’Algérie, le président du MAK dira, avec toile de fond le dossier portant exploitation de gaz de schiste à Béjaia. A vrai dire, Bouaziz Aït-Chebib apportera, encore une fois, la preuve que l’Algérie est toujours sous domination française et que cette même France poursuit toujours sa politique de destruction de la Kabylie qu’elle a entamée dès l’année 1857. « Pourquoi François Hollande, que moi j’appelle « François Arabie » a pris la décision d’interdire l’exploitation de gaz de schiste sur le territoire français parce que c’est dangereux pour l’environnement et la santé humaine et animale ; ce qui est vrai, alors qu’il a autorisé ce procédé en Kabylie ? De quel droit ose-t-il agir ainsi ? cela prouve que François Hollande, représentant de la France néocoloniale, n’aime pas la Kabylie. Oui, la France tient toujours rancune à la Kabylie pour l’avoir chassée d’Algérie. Le dernier tremblement de terre qui s’est produit ici à Bgayet n’est pas naturel mais a été provoqué par la perforation de la couche sous-marine à l’aide des engins perforateurs. Toutes les organisations de protection de l’environnement déconseillent formellement l’exploitation de gaz de schiste. A cela s’ajoute le fait que tout le bassin méditerranéen est reconnu mondialement comme une région sismique. L’exploitation de gaz de schiste en Kabylie par la France avec la complicité de ses nervis d’Alger relève de l’infamie. Aussi, nous les kabyles, puisque nous sommes les premières victimes, nous ne pouvons l’accepter ».
Dans sa longue intervention, Bouaziz Aït-Chebib reprochera également au RCD, sans toutefois le citer, avoir fait alliance avec les islamistes. Pour prouver le « tort » du RCD, le président du MAK dressera un réquisitoire contre les islamistes que voici : « Ali Belhadj a déclaré en 1990, année où il croyait dur comme fer pouvoir prendre le pouvoir que son objectif était de tuer 80 % des Kabyles et faire des 20 % restants de bons arabes et de bons musulmans. Pour sa part, Abdrrezak Mokri, suite à notre manifestation du trois août à la place de l’Olivier à Tizi-Ouzou, a appelé les pouvoirs publics à mettre en prison les non jeûneurs ». Plus loin encore, l’orateur parlera des candidats à la présidentielle, qui partout ils se sont rendus, ont évoqué volontiers ce que ce qui tenait à cœur des citoyens et avec la promesse de leur donner satisfaction s’ils venaient à gagner aux élections alors qu’à Tizi-Ouzou, et partout en Kabylie, ils n’ont pipé mot sur les martyrs de 1963 et 2001. « Ces partisans de l’Algérie arabe et islamiste, déclare avec véhémence le président du MAK ne s’intéressent à la Kabylie que pour ses voix pour l’urne ». « C’est pourquoi, nous leur disons « niet » », a affirmé l’orateur avant d’appeler à la marche du 20 avril pour exiger l’autodétermination et crier que la nation kabyle est bien kabyle et « aucunement arabe ».
Addenda : Le président a animé encore dans la matinée d’aujourd’hui un grand meeting à Aïn El Hammam. Selon son calendrier initial, dans l’après-midi, il devait animer un autre meeting au village d’Ath-Bouali, dans la commune d’Ath-Mansour (Bouira). Bouaziz Aït-Chebib a annulé ce deuxième rendez-vous à cause du deuil qui a frappé soudainement ce village. En effet, un des siens s’est suicidé. Dans pareil cas, un rendez-vous politique n’est n’est pas de circonstance.

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