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jeudi 22 mai 2014

22/05/2014 / MALI En images : témoignages de Kidal, bastion rebelle sous haute tension


En images : témoignages de Kidal, bastion rebelle sous haute tension

Toutes les photos ont été prises entre le 19 et le 22 mai à Kidal et transmises par notre Observateur Othman Agh Mohamed Ousmane.
 
Depuis près d’une semaine, Kidal vit au rythme des affrontements entre l’armée malienne et les groupes armés touareg. Des violences qui ont éclatées à l’occasion de la visite du Premier ministre malien dans le bastion rebelle et qui se déroulent loin des caméras. Nos Observateurs nous ont toutefois fait parvenir des images amateurs de la ville, passée sous le contrôle des groupes armés.
 
Très peu d’images des violences qui ont éclaté il y a plusieurs jours à Kidal ont jusqu’à présent filtré. Celles-ci ont été filmées par un manifestant lors d’un rassemblement, vendredi 16 mai au matin, de sympathisants du MNLA (rébellion touareg). Ce jour là, des civils s’étaient rassemblés sur la piste d’atterrissage de Kidal pour s’opposer à la visite du Premier ministre malien prévu dans la journée.
 
Vidéo filmée du téléphone portable d'un habitant de Kidal vendredi. Des sympathisants du MNLA occupent l'aéroport pour empêcher l'avion du Premier ministre malien d'atterrir.

"Un officier de la Minusma a récupéré ma caméra et l’a cassé"

Othman Agh Mohamed Ousmane, journaliste de passage dans la région était lui sur place ce jour-là.
 
Ces images ont été filmées entre 8h et 11h vendredi matin. Les manifestants venaient d’apprendre l’arrivée du Premier ministre et se sont rassemblés sur la place de la Liberté, une place qui se trouve juste à côté de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Kidal. Il y avait des hommes mais aussi des femmes et des enfants. Tous sont sympathisants du MNLA mais je n’ai pas vu de combattants. Des voitures de la Minusma [mission des Nations unies au Mali, NDLR] ont été déployées sur place pour les disperser. Elles ont été accueillies par des jets de pierres. En réaction, les chauffeurs de la Minusma ont tenté de les disperser en les visant avec les véhicules. D’ailleurs, un jeune a été blessé au pied après avoir été percuté par une voiture. D’autres ont par ailleurs été blessés par les tirs de gaz lacrymogènes.
 
Durant l'occupation de l'aéroport, un hélicoptère militaire survole la ville de Kidal.
 
J’avais tout filmé avec ma petite caméra mais un officier de la MINUSMA l’a récupéré et l’a cassé. [La Minusma n’a pas souhaité commenter]. Il m’a menacé, mais je me suis défendu en disant que j’étais journaliste. Quand je suis rentré mes images étaient perdues. Mais j’ai, par la suite, pu récupérer les images filmée par un manifestant avec son téléphone portable.
 

Aucune image des affrontements avec l’armée malienne

En dépit des risques encourus, le chef du gouvernement malien a maintenu son programme et finalement atterri à bord d’un hélicoptère de la Minusma, samedi à la mi-journée. Lors de sa visite, les affrontements se sont intensifiés. Le MNLA a pris d’assaut le bâtiment du gouvernorat, tuant six fonctionnaires et faisant trente-deux prisonniers. Lundi soir, les fonctionnaires ont été libérés après des négociations avec la forces onusiennes sur place, la Minusma, et un cessez le feu a été déclaré.
 
 
Aucune image n’a filtré de ces affrontements qui ont officiellement fait 36 morts et une dizaine de blessés. Mais certains comptes Twitter et Facebook de proches des mouvements qui revendiquent l’indépendance de l’Azawad ont posté plusieurs images des combattants présents à Kidal.
 
Sur plusieurs bâtiments de Kidal, des sympathisants des mouvements d'indépendance ont dressé le drapeau de l'Azawad.
 
Ici, le drapeau trône sur le gouvernorat de Kidal. Une partie du mur est noircie suite aux combats.
 
Photos prises entre le lundi 19 et le mardi 20 mai dans le centre-ville de Kidal
 
Mercredi matin, le cessez-le-feu est rompu. L’armée malienne décide de répliquer et de lancer une "offensive de sécurisation des biens et des personnes" à Kidal. Mais cinq heures plus tard, elle est mise en déroute par une coalition composée du Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA, mouvement touareg indépendantiste, mais aussi le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le mouvement arabe de l'Azawad (MAA).
 
Aucun bilan officiel côté malien n’a été transmis. De son côté, le MNLA a affirmé avoir perdu deux hommes dans les combats, tué 40 militaires maliens et fait 70 prisonniers. Des photos de ces prisonniers ont été diffusées sur les réseaux sociaux.
 
Photo prise mercredi matin, au début des combats entre l'armée malienne et la coalition pro-Azawad. On aperçoit de la fumée au loin.
 
Photo prise mercredi après-midi, après le départ de l'armée malienne. Des véhicules de la coalition rentrent dans le camp 1 à Kidal.
 
Un tracto-pelle de la Minusma, la force onusienne sur place, déblaie un tank malien tagué par le MNLA mercredi.

Cinq journées "très éprouvantes" pour les habitants

Un de nos Observateurs, Moussa ag Targa (pseudonyme), un habitant Touareg de Kidal, a entendu les premiers tirs vers 10 heures.
 
J’étais dans le centre-ville, et je m’apprêtais à aller travailler, lorsqu’un premier obus et tombé a quelques centaines de mètres du centre-ville. Les gens ont commencé à sortir de chez eux paniqués, j’ai tout de suite pris ma moto pour aller mettre à l’abri des enfants et des vieilles femmes dans le quartier Aliou. Il y a eu ensuite 2 ou 3 détonations, mais aucun civil n’a été touché à ma connaissance. On savait la situation tendue, mais on ne s’attendait pas à une attaque aussi soudaine. Jeudi matin, le calme est revenu, mais nous sommes très fatigués par ces cinq jours éprouvants.
 
 
Photos prises jeudi matin dans le camp 1 par des proches de la coalition pro-Azawad.

"Dès que je peux, je pars et ne reviendrai plus jamais"

Les combats ont provoqué de nombreux départs d’habitants vers les villes les plus proches, comme Gao. Mais certains n’ont pas pu quitter Kidal, faute d’opportunité, et sont terrés chez eux. Soungalo (pseudonyme), qui soutient l’action de l’armée malienne, est l’un d’eux.
 
Depuis samedi, ma famille et moi, nous ne sommes plus sortis de chez nous, nous sommes totalement traumatisés. Nous ne survivons que grâce à une barrique d’eau, quelques condiments, et un peu de gaz. Lors des combats samedi, des balles ont traversé mes murs et ont manqué de tuer ma femme. Hier, un obus est tombé dans mon quartier. Ces derniers jours ont été les plus éprouvants de ma vie. Ni moi, ni mes amis n’avons eu de problème avec les mouvements rebelles qui ont pris Kidal. Personne n’est venu nous chercher dans notre maison. J’ai très peur de sortir, mais dès que l’opportunité se présentera, je veux partir de Kidal pour aller à Bamako. Et ne plus jamais y revenir.
 
Hier, le président malien a décrété un cessez-le-feu. Pour les Nations unies, l’opération militaire malienne pour reprendre Kidal est considérée comme un "désastre". Tous les efforts de l’année écoulée pour amener Bamako et le MNLA à la table des négociations "seraient en train de s’effondrer" selon des responsables à l’ONU.
 
Un véhicule détruit, pris en photo jeudi matin dans le camp 1.

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