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mercredi 6 mai 2015

Edition de Vesoul Haute-Saône | Haute-Saône : un modeste éditeur se fait le défenseur de la culture berbère - L'Est Républicain

EDITIONHAUTE-SAÔNE : UN MODESTE ÉDITEUR SE FAIT LE DÉFENSEUR DE LA CULTURE BERBÈRE

Depuis la Haute-Saône, un modeste éditeur tente de préserver cette culture en accompagnant ses auteurs.

Yves-Julien Pescheur vit sa passion dévorante pour la culture berbère, qu’il protège sur le papier. Photo Bruno GRANDJEAN
Yves-Julien Pescheur vit sa passion dévorante pour la culture berbère, qu’il protège sur le papier. Photo Bruno GRANDJEAN
Depuis 2006, au cœur de sa Haute-Saône natale, Yves-Julien Pescheur défend la culture berbère. Un peu par hasard, l’ancien directeur de maison de retraite qui s’ennuyait… en retraite, a fondé une maison d’édition baptisée Sefraber, basée à Velle-le-Châtel.
« Par le biais d’échanges sur le net, un jeune journaliste arabophone m’a fait découvrir la culture berbère en Algérie », raconte Yves-Julien Pescheur pour éclairer la genèse du projet. Après une visite à Tizi Ouzou à la rencontre d’une dizaine d’auteurs, il a alors publié ses quatre premiers livres à 1.000 exemplaires chacun.
Avant de monter une seconde société d’édition dans cette ville algérienne. « Bien m’en a pris car il y a une couleur terroir que les Berbères installés en France n’ont plus. Il faut conserver leur patrimoine, après ils en feront ce qu’ils voudront », dit l’éditeur pour expliquer ses motivations. Les recueils de poèmes publiés mêlent parfois le français et les langues berbères. « Dans les années 90, de grands auteurs berbères ont été assassinés. Après, il y a eu un grand vide », témoigne-t-il. Le septuagénaire connaît bien l’Algérie pour y avoir été méhariste (troupes de l’armée française), puis y avoir passé des vacances jusqu’en 1989. « J’ai arrêté en 1990 avec l’arrivée au pouvoir du Front islamique du Salut. »

La relève se prépare

Tiziri Al Umazigh, Slimane Zamouche, Yacine Khelifa… les jeunes auteurs prennent la relève. « L’an dernier, j’ai édité une dizaine de livres », compte Yves-Julien Pescheur. Un nombre qui varie en fonction des années. En 2011, par exemple, il fera raconter au peuple tunisien sa révolution. Cela donnera « Dégage, dégage, dégage » qui s’écoulera à plus de 1.000 exemplaires. « Ça m’a redonné confiance car c’est une part de mes revenus personnels qui finance tout ça », souligne-t-il. « Mais quand je vois la joie des auteurs, leurs yeux qui pétillent quand ils découvrent leur livre, ça me réjouit. »
A bientôt 75 ans, Yves-Julien Pescheur a trouvé une relève pour sa société d’édition en Algérie. Cela permettra de le soulager et lui ouvrira de nouveaux horizons littéraires en France. Il a déjà promis à un voisin de Velle-le-Châtel de retravailler la maquette de son livre. Il a également donné sa parole pour le livre de Jean Cristin, un prêtre de Melisey décédé quelques semaines après la signature du contrat. Il envisage également de faire traduire, de l’arabe au français, le livre d’Alaya Allani sur « Les islamistes tunisiens de l’opposition au pouvoir ».
Il attend aussi avec impatience les retrouvailles avec l’Algérie par le biais de la semaine culturelle « Raconte arts » qui se déroulera du 23 au 31 juillet prochains en Kabylie. Via des ateliers d’écriture, un café-littéraire et un stand de vente de livres, Sefraber y sera bien représentée.

« La Révolution est morte en Tunisie ! »

Yves-Julien Pescheur a participé au forum social de Tunis, qui a eu lieu du 24 au 28 mars dernier. « C’est une sorte de fête de l’Huma. C’était très sécurisé. » Il était sur le sol tunisien au moment de l’attentat du Bardo. « Ça a touché des touristes. Mais là où j’étais, tout a fonctionné normalement », témoigne-t-il.
« La Révolution est morte en Tunisie, c’est fini ! Les Tunisiens n’ont plus envie de repartir dans la rue et d’avoir des morts. Le pouvoir actuel a réussi à ne pas se couper du pouvoir religieux. L’état d’esprit du Tunisien : c’est faire des études, faire la fête et qu’on lui fiche la paix avec la religion. »
Cécilia CHERRIER

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