Accueil

lundi 5 mai 2014

Quel modèle de laïcité pour le Québec : "Ouverte" ou "Sans adjectif" ?



Quand on n’ose plus critiquer l’islamisme au Québec

Au fond de lui, le Québécois sait  que le voile n’est pas qu’un simple vêtement, il sait même que l’accoutrement est le signe du contrôle du corps de la femme par le groupe, la communauté. Mais, tant que cela ne concerne que les membres d’une communauté bien déterminée culturellement et cultuellement, une communauté venue d’ailleurs, eh bien, il est prédisposé à comprendre la chose. Il justifie son attitude en disant, à chaque fois qu’une occasion se présente à lui pour réfléchir à cette question que c’est de toute façon « leur culture, c’est leur religion, il faut respec
ter leur spécificité »… 



Par Ali Kaidi
     Que se passe-t-il au Québec? Est-il devenu comme tous les pays arabo-musulmans où l’idéologie islamiste est reine incontestée? L’intolérable devient discutable, compréhensible, voire acceptable. Beaucoup de Québécois ont les yeux et l’esprit tellement ouverts qu’ils n’arrivent même pas à comprendre l’islamisme et ses menaces; ils sont tellement atteints par le multiculturalisme qu’ils relativisent  tout, même les dangers qui guettent les valeurs les plus communes à tous et à toutes,  comme la liberté de conscience, la liberté de penser et la liberté d’expression, autrement dit, tout est désormais menacé, y compris toutes ces valeurs inaliénables qui font de l’humain un être humain à part entière.   
   Le paradoxe est que les islamistes, contre toute attente, eux-mêmes  n’en reviennent pas, dans les pays occidentaux – les pays dits impies selon leur rhétorique-  ils sont désormais considérés comme de grands défenseurs des droits de l’homme, de la démocratie et même de la laïcité, c’est-à-dire des défenseurs de ce qu’ils ont toujours combattu fermement, violemment et ouvertement dans les terres de l’islam. Ce n’est pas étonnant qu’en Occident, oui en Occident, même la charia et  l’excision  deviennent des revendications que les sociétés et les états occidentaux doivent intégrer dans leurs valeurs et dans leurs institutions, et  s’ils persistent dans le jusqu’au-boutisme de la logique relativiste du multiculturalisme, ils atteindront des extrêmes insoupçonnés dans la bêtise humaine ; car, selon cette logique, toutes les valeurs se valent. La Grande-Bretagne a le mérite d’être précurseur dans cette frénésie ; elle est le modèle à suivre !
Daniel Weinstock: philosophe québécois
Il n’existe pas une valeur plus légitime qu’une autre du moment que chacune a ses propres référents culturels. Les valeurs se comparent à l’intérieur du même système de valeurs. Du moment que les québécois acceptent l’idéologie qui contient ce système de valeurs fût-il injuste, à leurs yeux, ils doivent le tolérer au moins pour les autres. D’ailleurs, c’est ce que beaucoup d’entre eux font si bien au nom de la laïcité ouverte. Cette dernière les a aveuglés au point que quelques intellectuels sont allés jusqu’à la justification de la revendication de l’application de la charia, mais, évidemment, en s’assurant qu’elle ne soit appliquée qu’à la communauté musulmane et non pas à la leur. Il y a même parmi ces adeptes de la laïcité ouverte un philosophe de renommée internationale,Daniel Weinstock en l’occurrence, qui s’est distingué par une attitude intellectuelle justifiant l’excision. En fait, il est tellement  pris, pour ne pas dire obnubilé, voire dogmatisé, par le multiculturalisme qu’il n’a pas trouvé utile de condamner clairement et fermement cette pratique barbare ; bien pire, contre toute sagesse, il a même trouvé raisonnable de participer à une réflexion sur l’encadrement de cette pratique afin qu’elle se face dans de bonnes conditions sanitaires, comme il l’allègue. Il pense que, d’une part,  l’exigence religieuse sera respectée et cela est le plus important pour lui, et de l’autre, la femme ne sera mutilée que symboliquement, autrement dit pas d’une façon qui nuirait à sa santé ; une pierre deux coups ! Un raisonnement on ne peut plus simpliste. Or, ce que ce philosophe semble ignorer est que la pauvre femme qui subira cette pratique sera de toute manière mutilée, et ce n’est pas, tant s’en faut, parce qu’elle l’a voulue ou souhaité, mais  parce qu’une doctrine a décidé que son corps appartient à la communauté et non pas à elle. C’est clair, limpide comme l’eau de roche, le but du philosophe n’est pas d’éradiquer cette atrocité, il n’en a cure, mais de la rendre plus humaine, dit-il, et moins dommageable, c’est-à-dire, pour faire court, ni plus ni moins que de lui créer des conditions favorables pour qu’elle continue à ravager les corps des femmes.
     Certes, on ne peut être catégorique quant à l’acceptation par le philosophe pour la pratique inhumaine, mais, cependant, on ne  peut pareillement affirmer qu’il est contre, à moins qu’il le dissimule sous des qualificatifs spécieux et concepts flatteurs, et dans ce cas, nous dirions qu’il dissimule adroitement son jeu !   
    Franchement, à quoi peut-on s’attendre d’un philosophe qui trouve justification à l’excision, si tant est qu’elle soit régulée, dit-il, et contrôlée, au sujet du voile ?  Bien entendu, la comparaison est exagérée, mais elle dévoile néanmoins les dérives  multiculturalistes qui encouragent entre autres le port du voile et tous les autres signes religieux.  
   En effet, c’est ce même chantage que les féministes en faveur du voile utilisent pour justifier leur opposition à l’interdiction du port du tissu emblématique par le personnel de la fonction publique ; elles arguent que l’interdiction  causera forcément plus de dommages aux femmes que son autorisation, car si l’on interdit son port, ce sont les femmes voilées qui seront privées de l’autonomie financière et du contact avec le monde extérieur, par conséquent, elles perdront les atouts nécessaires à même de les libérer de l’intégrisme. Ces féministes pensent donc, et c’est là où réside le paradoxe de leur argumentation, que l’islamisme exerce une contrainte sur les femmes et qu’il contrôle leur corps en les obligeant à se couvrir les cheveux en présence des hommes. En fait, ces féministes sont plutôt contre le port du voile, c’est juste qu’entre deux maux, elles préfèrent choisir le moins mauvais.                
    La vérité est que l’islamisme ne peut offrir que le pire. Il s’est positionné en victime que personne n’a plus le droit de critiquer, si bien que démocrates, féministes et humanistes sont désormais dans leur écueil : une autre victoire pour la propagation de leur idéologie.    
Henri Peña-Ruiz: philosophe et écrivain français
   Au fond de lui, le québécois sait  que le voile n’est pas qu’un simple vêtement, il sait même que l’accoutrement est le signe du contrôle du corps de la femme par le groupe, la communauté. Mais, tant que cela ne concerne que les membres d’une communauté bien déterminée culturellement et cultuellement, une communauté venue d’ailleurs, eh bien, il est prédisposé à comprendre la chose. Il justifie son attitude en disant, à chaque fois qu’une occasion se présente à lui pour réfléchir à cette question que c’est de toute façon « leur culture, c’est leur religion, il faut respecter leur spécificité ». Incontestablement, il n’y a plus significatif comme expression de tolérance envers les autres que celle-ci, mais si l’on enlève à ces expressions leur ancrage pour ainsi dire dans le politiquement correct, le sous-entendu aurait un sens plus explicite, un sens qui serait pour paraphraser ainsi : «tant pis pour leur gueule », ou alors : « c’est bon tant que cela ne me concerne pas», ou encore : « ce qui est bon pour moi n’est pas nécessairement bon pour eux », « le voile est bon pour vos filles et femmes , mais il n’est pas souhaitable pour les nôtres»«l’inégalité entre les deux sexes  est juste pour vous , mais elle est injuste pour nous autres»(!), etc.D’ailleurs, une telle attitude ressemble à la position de la majorité des états occidentaux envers le terrorisme islamiste avant le 11 septembre. Mais peut-on être tolérant envers l’intolérance? Je dis l’intolérance et non pas l’intolérant. On a le droit de dire ce qu’on pense réellement d’une idéologie, le politiquement correctet l’indifférence sont une caution à tous les intégrismes de tous bords.
    Dans cette ambiance du multiculturalisme que Mme Sibel Kose, une Canadienne d’origine turque, menacée, elle risque sa vie parce qu’elle a osé dire ce qu’elle pense de l’abolition de l’interdiction du port du voile dans les institutions étatiques turques, par des islamistes parce qu’elle s’est exprimée sur cette question lors d’une entrevue télévisée avec François Bugingo à l’émission 30 sur le radar. Elle a qualifié cette abolition de recul de la laïcité en République turque. Pour elle, l’autorisation du port du voile dans la fonction publique n’est pas un petit élément comme François Biguingo le lui a suggéré, mais il est plus que cela, comme elle l’a si bien exprimé, il est : « un symbole qui est très puissant actuellement et fait partie des enjeux du gouvernement AKP». Afin de montrer la gravité de la situation, elle a ajouté au sujet de l’ AKP que l’objectif de ce parti  « est de retourner en arrière et de détruire un par un les symboles, je dirai même tous les principes de la république de la Turquie». Par la même occasion, elle a dénoncé l’ambiance générale dans laquelle l’idéologie islamiste de AKP évolue en Turquie ; elle a dit à ce propos : « il y a une attaque générale contre les femmes qui nous ramène mille ans en arrière». Le droit à l’avortement est remis en question, les mères célibataires sont mal vues, etc.
Sibel Kose: une femme turque menacée par les islamistes parce qu’elle a osé critiquer le voile et la menace islamiste pour la laïcité Turque
Cependant, juste après avoir terminé sa description de la situation des femmes non islamistes en Turquie, le collègue de François Binguingo,  le  journaliste Richard Latendresse, sort sa rhétorique multiculturaliste favorable au port des signes religieux pour défendre l’islamisme que Sibel Kose dénonce, en oubliant la situation des femmes qui souffrent de la montée de cette idéologie sexiste ; ce qui n’est aucunement étonnant;  car ce qui est important pour un multiculturaliste  ce sont bien  les femmes voilées. En fait, Richard Latendresse ne s’est pas retenu de nous faire savoir qu’il pense que cette autorisation du port du voile est un progrès louable, mieux, il est convaincu que c’est une ouverture démocratique qu’il a d’ailleurs qualifié d’ «ouverture acceptable » ; il ne s’est pas empêché de dire le fond de sa pensée ; il s’est adressé à  Mm Sibel Kose en disant « je me dis que c’est un signe de maturité politique, de maturité démocratique de faire en sorte que finalement on fait des choix, on permet à davantage de femmes d’êtres présentes par exemple dans ce cas-ci dans la fonction publique, et on peut croire qu’il y a des femmes, il y a des filles qui ne pouvaient pas progresser dans la société parce qu’elles étaient religieuses, et du coup les signes religieux étaient interdits». Il a tout dit. Il a le droit de le dire. Cependant, il n’a pris aucun risque en le disant, contrairement à son invitée. Comme par hasard, pour les relativistes adeptes  du multiculturalisme, l’argument est universel. Bref, il est valable pour toutes les circonstances, pour les sociétés à majorité musulmane comme pour les sociétés où les musulmans sont minoritaires.
    Quoique ce journaliste allègue, Sibel Kose est restée sur sa position, parce qu’elle connaît l’idéologie islamiste ; elle sait de quoi elle  est capable. Pour elle, l’autorisation du port du voile n’est pas un simple geste de la part du gouvernement. Elle a répliqué aux commentaires de Richard Latendresse en affirmant que «dans un contexte où on ne peut pas parler de démocratie, amener le foulard islamique ce n’est qu’un petit pas vers l’islamisation et que le parti en place essaye de détruire la République turque à petit feu». Même dans les pays musulmans, la stratégie des islamistes est d’avancer graduellement et sûrement jusqu’à ce que l’islamisme remplace l’islam définitivement.
    Sibel Kose n’a pas été avec le dos de la cuillère dans sa critique des islamistes turcs. Elle a dit ce qu’elle pense de la montée de l’islamisme avec des mots certes simples mais  qui témoignent d’une connaissance issue du vécu et non pas d’une connaissance livresque très théorique. Toutefois, les menaces qu’elle a reçues ne sont pas de simples opinions formulées par des personnes qui aiment le débat que l’ouverture démocratique implique et dont ce journaliste parle, mais par des islamistes qui ne veulent pas être dérangés dans leur œuvre, qui ne croient aucunement aux vertus de la démocratie .
    Cette femme courageuse a besoin du soutien de tous ceux et celles qui croient fermement à la liberté d’expression et à  l’égalité homme femme. Car, son combat est contre l’intégrisme islamiste. Les islamistes nous ont habitués qu’à défaut d’avoir une assurance qu’ils contrôlent l’esprit de la femme, ils  s’efforcent à faire du contrôle de son corps une fixation idéologique et un signe de son hégémonie. Grâce au voile, l’idéologie mortifère marque les territoires acquis. C’est pour cette raison que le port du voile est leur revendication principale ; le moindre commentaire négatif à son égard est considéré comme une déclaration de guerre contre toute leur idéologie. Gare à celui ou celle qui osera le faire, surtout si cette personne partage avec eux la même ère culturelle ;  c’est à cela que leur message se résume, et il est efficient même en occident. Faut-il se taire ? Évidemment, NON !
Par Ali Kaidi (docteur en philosophie) 

Aucun commentaire: