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dimanche 2 novembre 2014

L’échec de la politique de normalisation en Kabylie ou l’assassinat d’un innocent | Tamurt.info

Une mort, des questions
Le 23 août 2014, Albert Ebossé, joueur camerounais de la JSK, était tué dans l’enceinte du stade du 1er Novembre de Tizi Ouzou, à la fin du match JSK – USMA, par un projectile, semble-t-il, lancé depuis les tribunes des fans de la JSK, du moins, pour la version officielle
02/11/2014 - 09:58 mis a jour le 02/11/2014 - 00:19 parMustang Ramdane
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Interrogé par El-Watan du 06/10/2014, James M. Dorsey, ancien journaliste américain, enseignant à l’université du Singapour, spécialiste des mouvements d’ultras à travers le monde, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord particulièrement, tout en se montrant prudent, n’en disculpe pas moins les supporters de la JSK de la mort d’Ebossé, quand il déclare : « Je ne peux pas me prononcer sur la mort d’Ebossé ou d’autres incidents
survenus dernièrement dans les stades algériens, je ne connais pas assez le dossier. Ce que je peux dire, c’est que cela ne ressemble pas à la violence dont les ultras font généralement preuve ». Mais plus encore, la version officielle est démentie par les vidéos qui ont circulé, tout de suite après le drame, sur le web, montrant Ebossé marchant normalement vers les vestiaires.
Les versions se multiplièrent alors. Il y avait autant de versions que d’intervenants. De l’ardoise du Ministre à l’arbitre qu’évoque Hannachi, on aura fait le tour des versions les plus farfelues. Pourtant, la nature des blessures ayant provoqué la mort telles que rapportée par la presse, et le moment où celles-ci ont été occasionnées, ne laissent pas de place au doute. Ebossé a été victime d’une agression dans les vestiaires du stade. Comment ? Par qui ? Ce n’est pas le plus important. Car il n’y avait pas foule dans les vestiaires, en dehors des personnes autorisées ou considérées comme telles, donc connues et identifiées. Le plus important est le mobile de cette agression. Car que l’on ne s’y trompe pas, la victime réelle de ce nouveau drame qui s’est joué (se joue encore) en Kabylie, est la Kabylie elle même.
L’enlèvement puis l’exécution d’Hervé Gourdel participe au même dessein.
C’est la Kabylie et la population kabyle qui sont visées par cette agression. Le pauvre Ebossé n’est qu’une victime collatérale dans cette affaire mais qui présente l’avantage
d’être un étranger. Sa mort aura nécessairement un retentissement en dehors des frontières de l’Algérie et c’est ce qui est recherché. Ce qui fait de cette agression son propre mobile. C’est l’acte et l’endroit où il a lieu qui expliquent la motivation qui se cache derrière ce drame. L’objectif est de montrer aux yeux du monde une Kabylie en proie à l’anarchie et à la violence et des kabyles agressifs et violents. D’ailleurs, depuis que ce drame a eu lieu, le régime d’Alger a déclenché une campagne hystérique, matraquée à longueur de journées par ses médias publics et parapublics, qui, sous prétexte de dénoncer la violence dans les stades, enfonce dans l’esprit des gens que
l’agressivité et la violence sont des attributs intrinsèques des Kabyles. Et on aura vu et entendu des hurluberlus, le visage crispé, la voix grave, venir nous dire qu’ils sont contre la violence dans les stades ! Est-ce à dire qu’ils sont pour ailleurs ? Est-ce à dire que eux sont contre, ceux de Tizi sont pour ? Mais plus grave encore et qui
confirme que c’est la population kabyle qui était visée, ce sont les sanctions infligées à la JSK par la ligue de football qui a décidé de fermer le stade de Tizi Ouzou, de délocaliser la JSK ailleurs et à huis clos. Résultat : Pas de Kabyles dans les stades. Ni à Tizi Ouzou, ni ailleurs.
JSK, vecteur de l’identité kabyle. La question que l’on pourrait se poser est pour quoi s’attaquer à la population kabyle à travers la JSK ? Et pour quoi maintenant ? La réponse est toute simple : parce que d’un côté Hannachi a échoué dans sa mission de normaliser la JSK après plus de 20 ans, de l’autre, le MAK, qui gagne de plus en plus de terrain auprès de la population kabyle, est sur le point de doter la Kabylie d’un drapeau national et officiel qui sera nécessairement arboré par les fans du club à Tizi Ouzou et ailleurs. Un cauchemar pour le régime d’Alger. Voilà les dessous qui ont conduit à l’assassinat de Ebossé.
Mais pour mieux comprendre tout cela, revenons un peu en arrière. Dans la deuxième moitié des années 70, la JSK atteint le sommet de la hiérarchie sportive en Algérie. Avec le doublé coupe et championnat en 77, le club inaugurait un cycle qui allait durer plus de 15 ans, jalonné par de multiples succès au niveau local et continental. 
La réussite sportive de la JSK s’est accompagnée d’un engouement populaire sans
précédent, donnant ainsi l’unique possibilité permise aux kabyles de se rassembler par dizaines de milliers. Entre eux, les fans du club échangeaient naturellement en Kabyle, chantaient en Kabyle, exprimaient leur joie ou leur déception en Kabyle. En somme, les rencontres de la JSK offraient aux Kabyles l’opportunité de vivre et d’exprimer collectivement leur identité et leur culture naturellement dans leur langue maternelle. Ce que le régime d’Alger s’est ingénié à leur denier par tous les moyens depuis l’indépendance.
De là, le passage s’est fait tout naturellement vers des chants, des slogans et des mots d’ordres revendicatifs de l’identité, de la langue et de la culture kabyles. C’est bien lors de la finale de 77, face à Boumediene, que des dizaines de milliers de Kabyles ont revendiqué, pour la première fois ouvertement, leur identité, leur langue et leur culture. A partir de là, le club s’est naturellement transformé en vecteur de l’identité kabyle, arborant à partir du début des années 80 ses nouvelles couleurs, le jaune et le vert, qui ont finit par l’enraciner au plus profond dans l’univers identitaire et culturel kabyles, positivement perçu par la population, associant dans un sentiment de fierté de plus en plus ascendant, la joie des succès sportifs à l’opportunité d’exprimer son appartenance à une identité, une culture, une langue combattue mais toujours présente. La situation devenant intolérable pour le régime d’Alger, celui-ci répliquait en supprimant d’abord le mot Kabylie du nom du club, on se retrouve alors avec une JS Kawakibi, avant de faire
disparaitre complètement le K, pour aboutir à des barbarismes du genre JET, JST…. Mais ceux-ci n’ont pas pu s’imposer dans l’usage.
Le club était toujours désigné JSK, que ce soit dans les milieux sportifs ou populaires, à Tizi ou ailleurs. Face à l’amputation du nom du club, les succès s’accumulent, tout au long des années 80, jusqu’à faire de la JSK le club le plus titré d’Algérie. Les choses en resteront là, dans une espèce de match nul.
Hannachi, préposé aux corvées de sape
Avec« l’ouverture politique » de la fin des années 80, le club se réappropriait son nom originel, JSK. Le nom de la Kabylie allait de nouveau hanter les esprits dans les sphères du régime. Ne pouvant s’y opposer, façade démocratique oblige, le régime d’Alger va changer de stratégie tout en gardant le même objectif : ôter au club tout ce qui le distingue du reste des équipes de foot en Algérie, le transformer en une équipe quelconque parmi les autres. Il s’agissait de normaliser le club en le vidant de toute charge, de toute connotation politique, identitaire, revendicative ou autre, l’empêcher d’être le vecteur positif des idéaux des populations kabyles. 
Comment ? 
En organisant son échec. Pour se faire, le régime d’Alger fait appel à un enfant de la maison JSK, donc à priori quelqu’un d’incontestable : Hannachi, ancien joueur, défenseur de son état, virile et combatif, converti dans les affaires. Personnage haut en couleur, bien connu sur la place de Tizi, il est bien introduit dans les milieux politico-affairistes entre Alger et Tizi en liaison avec les services spéciaux en charge du dossier kabyle. Une feuille de route lui est tracée pour casser la JSK. Son arrivée à la
présidence du club se fait parallèlement au départ des compétences sincères et dévouées qui ont fait sa gloire. Il s’attèle, tout de suite, à mettre en œuvre le plan pour lequel il a été missionné.
Il commence par éloigner les fidèles du club des postes clés, puis il finit par les chasser carrément et les remplace par des incompétents et des crapules. Il en fera de même avec les sponsors traditionnels du club pour les remplacer par les relais du régime d’Alger à l’instar du journal Echourouq El Arabi, un journal kabylophobe qui sponsorise le club kabyle, le comble ? Il disait bien de Khalifa(le Groupe), autre sponsor qu’il avait introduit à la JSK, qu’il était avec lui, à tort ou à raison, très révélateur de ses sources d’inspiration. Ensuite, il introduit l’instabilité dans le club. La JSK qui était un modèle de stabilité et de sérénité, était devenue depuis l’arrivée de Hannachi, un modèle d’instabilité totale : technique, sportive et même administrative. Depuis qu’il est là, les techniciens qui ont défilé dans le club se comptent par dizaines, avec plusieurs rotations pour certains d’entre eux. Dès qu’un technicien semble réussir quelque chose de positif, il s’empresse de le congédier, en recourant toujours à la même technique : déclarations incendiaires à la presse, avec la complicité de certains journalistes, il fait monter la pression en manipulant, à travers ses relais, les fans du club, ce qui aboutit à la chute du technicien visé comme une figue bien mûre. La façon avec laquelle il s’est débarrassé de l’entraineur de la saison dernière est édifiant à ce titre. Plus près encore, le traitement réservé à l’entraineur de l’actuelle saison illustre, on ne peut mieux, cet état de fait. Qu’on en juge.
Malgré le drame vécu par le club avec l’assassinat d’Ebossé, le technicien belge décide de continuer avec la JSK, un geste d’une élégance de Seigneur, et l’équipe arrive à reprendre le dessus et à aligner une série de victoires qui la propulsent à la tête du classement. Mais cette réussite n’est pas dans l’agenda de Hannachi. Il va s’ingénier à lui pourrir la vie jusqu’à le pousser à la porte. L’objectif de Hannachi semble atteint avec la série de défaites que vient de subir le club, entamée au lendemain de la démission du technicien belge.
En fait, en plus de 20 ans de règne à le tête de la JSK, un record absolu, Hannachi a tout changé et plusieurs fois, entraineurs et techniciens, joueurs et staffs administratifs. Sauf lui, il ne s’est jamais changé. Au contraire, il a tout fait pour perdurer. Avec l’aide de ses ex employeurs, il a réussi à faire face à toutes les vagues de contestation qui l’ont visé et il y en a eu. A chaque fois, il a fait semblant de démissionner, le temps de laisser passer la vague et de revenir quelques temps après, assuré du soutien de ses parrains, plus arrogant, plus méprisant pour dire « je suis prêt à me retirer s’il y a des gens capables pour diriger la JSK », façon de dire en dehors de moi, personne. C’est à croire que la Kabylie est prise de ménopause généralisée qui l’empêche d’enfanter un homme capable de diriger son club de football.
A coup de milliards, Hannachi a favorisé l’invasion de la JSK par des joueurs non kabyles. Parce que Hannachi n’allait pas manquer d’argent.
Tous les budgets, toutes les subventions qui auraient dues aller au financement du développement du sport en Kabylie, sont détournées au profit de Hannachi et son entreprise de sape. Toutes les autres disciplines sportives sont sacrifiées, même les petites catégories de football de la JSK sont privées de financement. Il n’y en a que pour Hannachi et sa mission. La JSK se retrouve donc avec un effectif où les joueurs kabyles sont minoritaires. Il y a eu des saisons où ils ont été carrément renvoyés du club. Quant à ceux qui y ont été formés, ils n’ont aucune chance de trouver une place dans l’équipe première.
D’Algérie ou d’ailleurs, les joueurs recrutés par Hannachi, ne carburent qu’à l’argent qu’il leur assure. Ce n’est ni une critique, ni un reproche, encore moins de la ségrégation ou du racisme.
Ils ne sont pas Kabyles, ils ne peuvent ressentir la frustration ou la joie du public kabyle qui attend de ses joueurs bien plus que des résultats sportifs. Pour eux, entendre Ait Menguelat chanter la JSK, Dariassa ou Cheb Khaled chanter la gloire de Bouteflika ne ferait pas de différence, pourtant. Et c’est une JSK morne, terne, sans relief, qui n’attire plus les foules des années 80, qui se balade au milieu du tableau dans les années 90 et 2000. Certaines saisons elle était même concernée par la relégation.
L’échec, après ?
Mais bien que les fans du club aient déserté les stades, ils n’ont pas pour autant abandonné le club. De temps à autre, ils remplissent le stade du 1er Novembre et en profitent pour déployer toujours des messages, des mots d’ordre, des revendications en rapport avec la Kabylie et son devenir à l’image de ce que font les indépendantistes catalans avec le FC Barcelone. Ils se servent de ces occasions de rassemblement pour porter les idées du MAK et l’effet est immédiat. Il est arrivé que la télévision interrompe ou annule la retransmission d’un match de la JSK à cause du contenu d’une banderole accrochée dans les gradins du stade.
C’est là le grand échec de Hannachi, il a réussi à tout changer sauf les fans du club. Il n’a pas pu rompre les liens qui existent entre le club et la société qui l’a fait naître et grandir. Ses parrains, se rendant compte qu’ils ont longtemps parié sur un tocard, pourraient finir par se débarrasser d’un vieux canasson pour le remplacer par un
autre. Car en Kabylie, il ne faut pas se faire d’illusions, le régime d’Alger s’est constitué une réserve de proconsuls et de bachaghas, qui semble pour l’instant inépuisable, pour mener sa politique de sape de tout ce qui est Kabyle. Hannachi n’est pas un cas isolé, il a son pendant à la culture en la personne de Ould Ali, à l’université en la personne d’un autre Hannachi, à l’économie en la personne de Haddad, aux Aarouchs en la personne de Abrika, à la pègre en la personne de Kamel Zerbout.
Mustang Ramdane.

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