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vendredi 13 février 2015

Déchire ton niqab ! | Tamurt.info

Déchire ton niqab !

par Karim Akouche, écrivain
Tu dois t’effacer quand tes maîtres sont là. Tu dois écouter quand ils prêchent. Tu dois baisser la tête quand ils te grondent. Ils sont puissants. Ils ont la barbe drue. Comme des sabres, leurs mots sont tranchants. Ils blessent. Ils tuent.
13/02/2015 - 12:34 mis a jour le 13/02/2015 - 12:34 par Karim Akouche
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Sors tes ciseaux. Déchire ton niqab. Montre ton visage. Tu ne peux pas le cacher 
éternellement. Ta peau est livide. Elle a besoin de soleil. Tes yeux ont besoin de 
lumière. Tes poumons ont besoin d’oxygène. La plante ne s’épanouit pas dans 
l’obscurité. Comme toi, pour vivre, elle doit respirer par tous ses pores.
Je te plains. Tu vis l’enfer. Quand c’est la canicule, tu étouffes. Tu ne peux pas
porter ce linceul. C’est injuste. C’est criminel. Libère-toi. Prends des risques.
Affronte tes chefs. Accuse-les. Traîne-les devant le tribunal du bon sens. Pour
une fois, décide de ton geste. Ne me dis pas que tu es libre d’être soumise. 
Ne me déçois pas. Ne fais pas comme ces femmes liges qui revendiquent un 
oxymore. Leur féminisme « islamique » est une aberration.
Sors tes ciseaux. Découpe ton niqab en morceaux. Jette-le dans le feu. Renais 
sous un autre habit qui te mettra en valeur. Un visage, c’est important. Ton 
visage, c’est ton identité. Ton identité, c’est toi. Toi, tu n’es pas les autres. Toi,
tu n’es pas le collectif. Appartenir à une communauté ne suffit pas pour exister. 
Tu es singulière. Tu as tes propres prunelles. Tu as ta propre chevelure. Tu as ton 
propre teint. Tu as ton propre souffle.
C’est depuis l’enfance qu’on t’a mise dans une prison ambulante. Tu regardes ta 
vie se faner derrière un grillage. On t’a cloué les ailes. On a fait de toi un oiseau 
en cage. On t’a habituée à l’obéissance. On t’a imposé des bornes. On a limité 
tes mouvements. On a tracé tes frontières. On a façonné ta conscience. On a 
soupesé tes neurones. On a conçu ton vocabulaire. Le seul mot qu’on t’ait appris 
à répéter, c’est « oui ».
Tu acquiesces tout le temps. Tu dis oui au père. Tu dis oui au fils. Tu dis oui au
mari. Tu dis oui aux traditions. Tu dis oui à la religion. Tu dis oui au prophète.
Tu dis oui aux caïds. Tu dis oui aux corvées. Tu dis oui à la peur. Tu dis oui à la 
torture. Tu dis oui à la pauvreté. Tu dis oui à la douleur. 
Tu dis oui à tout. Sauf à toi. Tu t’oublies dans un coin. Tu dis non à ta chair. Tu 
dis non à ton esprit. Tu dis non à ta liberté. Tu dis non à tes rêves. Tu dis non à 
l’espoir.
Je comprends ta servitude. Tu n’en es pas responsable. On t’a préparé à obéir. 
Depuis toujours les hommes pensent à ta place. Les religieux te rabaissent. Les 
politiques t’oppressent. Les marchands de virilité te bradent. Tu n’as pas le droit 
de montrer tes atours. Tu n’as pas le droit de montrer tes courbes. 
On a fait de ton corps une honte. On a fait de ton sourire une mascarade. On a 
fait de ta beauté un sacrilège.
Tu dois taire tes désirs. Tu dois taire tes talents. Tu dois taire tes blessures. Tu 
dois taire tes révoltes. C’est comme ça. C’est mektoub. C’est écrit dans le Livre
saint. C’est dit dans les sourates. C’est estampillé dans la constitution.
Ah, leur code de l’infamie ! Ah, leur livret de famille avec l’espace réservé aux 
quatre épouses ! Et pourquoi des tuteurs ? des juges ? des imams ? Et les us ? Et 
la tribu ? Et l’hymen ? Et la chasteté ? Et le crime d’honneur ? Et la lapidation ? 
Tant de termes qu’il faudrait arracher du dictionnaire.
Tu dois t’effacer quand tes maîtres sont là. Tu dois écouter quand ils prêchent. 
Tu dois baisser la tête quand ils te grondent. Ils sont puissants. Ils ont la barbe 
drue. Comme des sabres, leurs mots sont tranchants. Ils blessent. Ils tuent.
Tes maîtres ont des fouets. Ils ont des pierres. Ils ont le pouvoir. Ils ont la 
religion. Ils ont la charia. Ils ont Dieu. Ils ont le diable. Ils ont les mythes. Ils ont 
les légendes.
Sois courageuse. Sors tes ciseaux. Déchire ton niqab. Défais tes cheveux. Laisse-
les cascader sur tes épaules. Montre tes joues. Embaume-les de crème. Souligne 
tes lèvres. Redessine tes cils. Mets un pantalon. Mets une jupe. Mets une robe. 
Chausse des talons. Ou des baskets. Ou des bottines. Mets ce qui te plaît. Peu 
importe si c’est étrange ou si c’est passé de mode. Dispose comme tu veux de 
ton corps.
Tes mains sont tes mains. Tes pieds sont tes pieds. Tes seins sont tes seins. Ton 
cœur est ton cœur. Ton ventre est ton ventre. Ton cerveau est ton cerveau. Tu es 
à toi. Tu n’es la propriété ni de l’homme, ni du Seigneur. 
Sois femme. Sois indocile. Sois forte. Sois fragile. Pose tes yeux partout. Enlève 
les œillères qui te bouchent la vue. Pleure quand tu as du chagrin. Ris quand tu 
es joyeuse. Guide tes pas où cela t’enchante.
Le temps cavale. Personne ne peut l’arrêter. La nature explose. Les vacarmes 
se mélangent aux couleurs. Les bêtes gueulent. Les abeilles vrombissent. Les
rivières gémissent. Le soleil est têtu. Les roues tournent. Ça sent le bitume. Ça 
sent la rage. Ça sent le sel. Ça sent le sang. Ça sent le désir. Ça sent l’anarchie. Il 
y a la vie dans l’air. Il y a la mort dans la terre.
Tends la main et cueille fleurs et étoiles. Mets-les dans des pots. Colle-les sur 
les murs. Dépose-les sur les routes. Offre-les aux enfants. Ouvre ta bouche et 
divague.
Dis les poèmes de Taslima Nasreen. Dis les quatrains d’Omar Khayyâm. Bois 
si tu aimes le vin. Fume si tu le désires. Fais l’amour si tu en as envie. Donne 
un coup de pied aux oppresseurs. Déhanche-toi. Danse la salsa. Danse la polka. 
Joue avec ton corps. Montre tes prouesses. Vivre est un jeu. Jouer est un verbe 
innocent.
Que tu es légère sans ton niqab. Que tu es brave sans tes maîtres. Que tu es belle 
sans ton foulard. 
Sois ivre. Bats tes ailes. Surpasse les nuages. Plane comme une colombe.
Va jusqu’au bout de ta liberté.
Par Karim Akouche, écrivain

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